Moncton (NB), mardi 28 avril 2026. Alors que le festival littéraire bilingue Frye (le plus grand festival littéraire au Canada atlantique) bat son plein dans la métropole du district Siknikt de Mi’kma’ki, la revue acadienne de création littéraire Ancrages lance un tout nouveau numéro sous le signe de la révolte : No 46. Choisir sa chute. Fruit d’une résidence de création croisée Acadie-Québec, en partenariat avec la Maison de la littérature de Québec et le Festival acadien de poésie de Caraquet, ce numéro a été conceptualisé, dirigé, rédigé et illustré par quatre artistes extraordinaires : Carol-Ann Belzil-Normand, Céleste Godin, Éloïse LeBlanc et Nour Symon. Après avoir vécu ensemble une phase de création exaltante à la Maison de la littérature, suivie d’une sortie de résidence publique le 8 mars 2025, les deux Acadien.ne.s et les deux Québécoises ont poursuivi leur processus créatif au Festival acadien de poésie en septembre 2025. Un peu plus de six mois plus tard, une troisième itération est désormais lancée dans la revue Ancrages !
Comme l’expliquent Carol-Ann Belzil-Normand et ses trois collègues dans leur Liminaire intitulé « La révolte en poésie comme geste d’hospitalité » (un texte précédemment paru dans les pages de la revue Lettres québécoises) :
Pendant cette résidence, nous avons pris conscience que notre révolte ne s’exprime plus uniquement dans la contestation ou la rupture, mais prend davantage forme dans les gestes d’accueil et d’ouverture à l’autre ; à travers une hospitalité intime et profondément politique. Cette forme de révolte se manifeste par la pluralité de nos voix, de notre vécu et de nos désirs parfois dissonants, d’autre fois complices. Nos identités acadiennes, égyptiennes, québécoises se croisent, se superposent et se confrontent, tissant un espace collectif riche plein de nuances. Souvent, cet accueil se traduit par un repas en gang, une discussion autour d’un café et d’une pâtisserie, ou encore une séance de bruitage collective faite à partir d’objets insolites.
Chez Carol-Ann Belzil-Normand, cet appel à la révolte bienveillante et inclusive s’incarne dans un « Froggy blog » haletant, à la fois courageux et subtil : « l’impasse / de notre siècle / à paniquer / et à tourbillonner / sans fin / dans une lutte // le soin / c’est de / ne pas faire / ce que / je devrais / peut-être / faire ». Pour sa part, Céleste Godin nous entraîne avec iel sur les vieux pavés de la ville de Québec à la recherche d’une Acadie évanescente dans « 4-40-400 » :
30 mg de chlorhydrate de pseudoéphédrine
ça me rend fully impressionniste
Mon corps se révolte contre mes intentions
de réparer 400 ans de dérive avec un seul poème
Je ne sais pas quel virus est venu me coloniser
Ma baïonnette de sarcasme n’est pas assez aiguisée pour m’en défendre
Je cherche mon Acadie dans un Québec
Qui me cherche pas back
Dans « J’armerai mon hypersensible », Éloïse LeBlanc nous offre sa vulnérabilité à l’écoute des autres comme chemin(ement) vers le refus de l’inacceptable : « je traverse le monde en lui permettant de m’interrompre / en me laissant être dispersée ». Et quant à ielle, Nour Symon fait éclater le cadre de la revue pour nous (re)plonger dans le Web 1.0, circa 2005, dans « Obligatoire ou interdit ? » avec ses vers puissants : « des parents auront peur que leurs enfants fassent des cauchemars / en nous / voyant / mais c’est / nous / qui nous faisons barouetter / nos enfances en potentiel ».
Les quatre artistes signent ici un numéro décapant, aussi exaltant que militant. C’est désormais à votre tour de vous révolter.
– 30 –
