
entre
ce qui m’abîme
et m’enracine
une constellation
en mutation
l’impasse
de notre siècle
à paniquer
et à tourbillonner
sans fin
dans une lutte
le soin
c’est de
ne pas faire
ce que
je devrais
peut-être
faire
aspirer à ce qui s’écroule
un chagrin
une dialectique de spacepoop
me faire
valider
par un pot
de mayonnaise
passé date
je rase
les choses
plates

je constitue
une euphorie
dans l’impossibilité
je déclare la guerre
à l’artifice
je dissèque
intensément
profondément
les dogmes
je traine les accents
sur mon corps
en suspension
j’entreprends
à saisir ma chair
le mysticisme
de ma plume
que je mets
à l’intérieur
de toi
mes sentiments
n’ont rien de manifeste
le ministère
d’une époque
qui s’efface
des convictions à abandonner
en position
frog magicienne
l’évidence
s’énonce comme un miracle
le doute me saisit
comme une promesse
que j’ai faite
à Ginette Reno

le produit
de l’intangible
en croisade
vers la dérive
déconcertante
j’anime la configuration
d’un désenchantement
contre
des années fatalistes
à revendiquer
une politique
du désengagement
l’horreur est une idée
qui sollicite
un détournement
une étendue
glow
de l’intolérable
déterminer
une histoire
pour qu’elle ne soit
plus fatale
au cinéma porno
du désastre
je me résigne
à la lenteur
en repos
pour contester
hors de moi
ce qui me situe
entre
des ustensiles
et une liste
d’épicerie
j’utilise
ce à quoi
je fais usage
dormir
pour s’habituer
à se perdre
dormir
pour apprendre
à renaître
je résiste à
une version ironique
de moi-même
je souhaite
exprimer
une ouverture
autogénérative
en distance
en dérive
en surprise
ce qui est irremplaçable
ne demande qu’à s’incarner
pour me plonger
dans les dernières causes
de ma pensée
je suis volontaire
là où tout fait sens
je fais objectivement
ce qui me semble
juste
même si tout
semble inutile
l’inutile est plus
honnête
que
le détachement

je retrouve
l’essentiel d’une esquive
l’apocalypse
a quelque chose de rassurant
l’angoisse
prend place
lorsque je suis déchirée
ma voix
est brouillée
par l’affection
je suis en guerre
contre les choses
qui ne savent pas où aller
une bataille
contre
la douleur
du manque
le réel
devient mon brouillard
ma révolution
sera celle
d’un opéra
inscrit dans ma peau
et dans mon sang
je serais une grenouille
qui flow
dans les nuages
mes mains
censurées
se dilueront dans un océan
de commentaires
fictionnels
je continuerais d’offrir
un protocole
pour oublier
les mensonges
je caresserai
les monuments
en espérant
ressentir
un renversement
ma plante verte
n’a plus rien
de frais
comme l’intérieur d’un frigo
qu’on ouvre trop souvent
une mutinerie
trempée
d’adjectifs
au salaire minimum
les flammes
sont
tragiques
mon problème insoluble
mérite une réponse secrète
j’évite le gouffre
pour y survivre
ton crime
ne sera pas le mien
pour que la blessure
se creuse
je dois vaincre
ce qui se loge
dans mon estomac
depuis trop longtemps
la confiture
colle aux façades
de ma langue
je fragmente
la valeur
d’un schéma brisée
la puissance
de quelque chose qui me dépasse
j’affronte l’abandon
en silence
[silence de tout·es]
le premier geste
d’une hygiène
qui berce les urgences
la lenteur d’une
constitution intime
d’une tendresse chorale
être la mouche résignée
d’une étoile
qui perd son temps
orpheline des vivant·es
un peu mort·es
dans une altéralité
radicale
la négation
d’une extension totale
une conquête
des phrases coincées
entre mes dents
mon corps hésite
pour ne pas déranger
je rie
au bord de la fuite
je me tiens au seuil
de ce que je n’ose pas
saisir
toujours
en lente agonie
sur un riff
de air guitare
je suis allé
voir le bonhomme Carnaval
pour le serrer dans mes bras
je suis transactionnelle
parfois transitionnelle
j’aimerais faire partie
d’un groupe de soutien
de crises collectives
les choses les plus prévisibles
sont au recyclage
je fais
du vélo
sur un fond
de musique
rave
pour te la souffler
au cou
je m’exhibe
autour
d’un poteau
pour disparaître
nouer et délier
inventer et briser
dans ce que nous avons
je n’arrive pas à dormir
sans me réveiller
un autre jour
pour recommencer
la bonne nouvelle
c’est d’aller ailleurs
pour une bonne raison
la gloire
est une lutte
incrustée
dans le désir
la gloire
est une lutte
incrustée
dans le désir
Carol-Ann Belzil-Normand.
Texte publié dans le No 46. Choisir sa chute


