Carol-Ann Belzil-Normand. Froggy blog

entre
ce qui m’abîme
et m’enracine
 
une constellation
en mutation
 
l’impasse
de notre siècle
à paniquer
et à tourbillonner
sans fin
dans une lutte
 
le soin
c’est de
ne pas faire
ce que
je devrais
peut-être
faire
 
aspirer à ce qui s’écroule
un chagrin
une dialectique de spacepoop
 
me faire
valider
par un pot
de mayonnaise
passé date
 
je rase
les choses
plates

je constitue
une euphorie
dans l’impossibilité
 
je déclare la guerre
à l’artifice
 
je dissèque
intensément
profondément
les dogmes
 
 
je traine les accents
sur mon corps
en suspension
 
j’entreprends
à saisir ma chair
le mysticisme
de ma plume
que je mets
à l’intérieur
de toi
 
mes sentiments
n’ont rien de manifeste
 
le ministère
d’une époque
qui s’efface
 
des convictions à abandonner
en position
frog magicienne
 
 
 
l’évidence
s’énonce comme un miracle
 
le doute me saisit
comme une promesse
que j’ai faite
à Ginette Reno

le produit
de l’intangible
en croisade
vers la dérive
 
déconcertante
j’anime la configuration
d’un désenchantement
 
contre
des années fatalistes
à revendiquer
une politique
du désengagement
 
l’horreur est une idée
qui sollicite
un détournement
 
une étendue
glow
de l’intolérable
 
déterminer
une histoire
pour qu’elle ne soit
plus fatale
 
 
au cinéma porno
du désastre
je me résigne
à la lenteur
 
en repos
pour contester
hors de moi
ce qui me situe
entre
des ustensiles
et une liste
d’épicerie
 
j’utilise
ce à quoi
je fais usage
 
dormir
pour s’habituer
à se perdre
 
dormir
pour apprendre
à renaître
 
je résiste à
une version ironique
de moi-même
 
je souhaite
exprimer
une ouverture
autogénérative
en distance
en dérive
en surprise
 
ce qui est irremplaçable
ne demande qu’à s’incarner
pour me plonger
dans les dernières causes
de ma pensée
 
je suis volontaire
là où tout fait sens
 
je fais objectivement
ce qui me semble
juste
 
même si tout
semble inutile
l’inutile est plus
honnête
que
le détachement 

je retrouve
l’essentiel d’une esquive
 
l’apocalypse
a quelque chose de rassurant
 
l’angoisse
prend place
lorsque je suis déchirée
 
ma voix
est brouillée
par l’affection
 
je suis en guerre
contre les choses
qui ne savent pas où aller
 
une bataille
contre
la douleur
du manque
 
le réel
devient mon brouillard
 
ma révolution
sera celle
d’un opéra
inscrit dans ma peau
et dans mon sang
 
je serais une grenouille
qui flow
dans les nuages
 
mes mains
censurées
se dilueront dans un océan
de commentaires
fictionnels
 
je continuerais d’offrir
un protocole
pour oublier
les mensonges
 
 
je caresserai
les monuments
en espérant
ressentir
un renversement
 
ma plante verte
n’a plus rien
de frais
comme l’intérieur d’un frigo
qu’on ouvre trop souvent
 
une mutinerie
trempée
d’adjectifs
au salaire minimum
les flammes
sont
tragiques
 
mon problème insoluble
mérite une réponse secrète
 
j’évite le gouffre
pour y survivre
 
ton crime
ne sera pas le mien
 
pour que la blessure
se creuse
je dois vaincre
ce qui se loge
dans mon estomac
depuis trop longtemps
 
la confiture
colle aux façades
de ma langue
 
je fragmente
la valeur
d’un schéma brisée
 
la puissance
de quelque chose qui me dépasse
j’affronte l’abandon
en silence
 
[silence de tout·es]
 
le premier geste
d’une hygiène
qui berce les urgences
 
la lenteur d’une
constitution intime
d’une tendresse chorale
 
être la mouche résignée
d’une étoile
qui perd son temps
 
orpheline des vivant·es
un peu mort·es
 
dans une altéralité
radicale
la négation
d’une extension totale
 
une conquête
des phrases coincées
entre mes dents
 
mon corps hésite
pour ne pas déranger
 
je rie
au bord de la fuite
je me tiens au seuil
de ce que je n’ose pas
saisir
 
toujours
en lente agonie
sur un riff
de air guitare
 
je suis allé
voir le bonhomme Carnaval
pour le serrer dans mes bras
 
je suis transactionnelle
parfois transitionnelle
 
j’aimerais faire partie
d’un groupe de soutien
de crises collectives
 
 
les choses les plus prévisibles
sont au recyclage
 
je fais
du vélo
sur un fond
de musique
rave
pour te la souffler
au cou
 
 
je m’exhibe
autour
d’un poteau
pour disparaître
 
nouer et délier
inventer et briser
dans ce que nous avons
      
je n’arrive pas à dormir
sans me réveiller
un autre jour
pour recommencer
 
la bonne nouvelle
c’est d’aller ailleurs
pour une bonne raison
 
la gloire
est une lutte
incrustée
dans le désir
 
la gloire
est une lutte
incrustée
dans le désir
 

Carol-Ann Belzil-Normand.

Texte publié dans le No 46. Choisir sa chute