
je vous offre mes pensées
secousses recueillies
minuscules marques sur le papier
je retrace les pas vers ma colère
présence fantomatique
souvent insaisissable
en bouche
le mot clémence
encline à pardonner
bien avant de goûter le mot révolte
je traverse le monde en lui permettant de m’interrompre
en me laissant être dispersée
je note la discrétion des mouvements
(dépasser disposer nuancer planter)
gestes amples pour accueillir
vos effusions
vos fatigues
nos solidarités à configurations variables
maille à l’endroit
maille à l’envers
jusqu’à l’unisson des voix






si je suis émue
au creux des échos
ai-je encore accès au soulèvement ?
pouvons-nous habiter le trouble
ensemble
même si cogne
chavire
la violence diffuse et écarlate
je ne peux parler pour vous
ni sans vous
humble dans l’écoute
je me noue et me délie
tour à tour
lorsque mon ventre se distend
(spasmes brûlures resserrement constriction)
je masque ce qui se tord en moi
pour vous être disponible
je dispose de l’espace discret du brouillon
pour refuser la contrainte
je note
l’invention d’agitations pérennes
le refus de mon corps d’être protégé sans son accord
ma posture affligée quoi qu’encore droite
je vois nos petites révoltes
le care comme action
taking care
caring for
comme outil pour entretenir
la conversation et la conservation
de toutes les formes que prennent vos cris
si ma tristesse porte en elle
les semences d’une émeute
si elle loge en son cœur
un rapport affecté à l’autre
ma peau deviendra un langage
j’armerai mon hypersensible

Éloïse LeBlanc.
Texte publié dans le No 46. Choisir sa chute



