Liminaire

T’as ta journée dans le corps pis tu speed back chevous parce qu’à soir, on sort. Ton répondeur vient d’embarquer quand tu entres dans ton appart. C’est Gina. T’es en retard, ma fille…

« … où-ce que t’es ? Ça commence à se remplir. Anyway c’est la troisième fois que je demande au bartender de user leur téléphone pis il commence à me donner des dirty looks– »

Tu décroches.

« Allo ! j’sais que chu late — j’ai resté pognée à l’ouvrage. But j’arrive  ! »

T’entends à peine ta chum par-dessus la centaine de voix autour d’elle, au bar où elle t’attend. Vous vous donnez rendez-vous à votre usual meeting spot : à gauche du stage, la petite table avec le cendrier en stainless. Ok. Pas de temps à perdre. Le show commence dans comme, oh fuck, 25 minutes.

Tu t’habilles vite — tes jeans qui te dépassent le nombril, ta petite bra en paillettes (tu trippes vraiment sur Madonna right now). Tu te recrêpes le toupette, tu refais ton rouge à lèvre. Tu pognes tes clés, tes clopes. Let’s roll.

Dans ta Toyota Starlet rouge pétant, la radio joue à tue-tête. Un jingle aux airs de synth et de bassline 909 laisse entendre deux voix fidèles au poste, chaque vendredi soir :

Linda : Il est 8h52, les ami·es… sortez de chevous !

Jeanette : La nuit est encore jeune. Vous avez encore le temps de vous rendre au show des Keyholes sur la Main.

Linda  : Apportez un petit 2 piasses pour JP — c’est lui qui travaille la porte. Anyways, on vous met dans la mood avec du Depeche Mode.

Au son des choix minutieux de tes deux radio jockeys préférées, ta soirée commence enfin. Le ciel est rouge comme la cherry de ta cigarette, le soleil se couche juste vers 9h ces jours-ci. Tu drives tellement vite que c’est comme si tes roues touchaient pas l’asphalte. La brise est chaude, la musique est forte. Tu chantes sans retenue :  « All I’ve ever needed is here, in my arms  ».

***

Lundi matin, lendemain de tempête. Tu viens de te geler à enlever un pied de neige de ton char qui avait pas envie de starter. Crank le chauffage, check le temps : fuck. T’es presque toujours late pour ton cours, mais là, c’est pire que pire. Qu’est-ce que ta psy disait l’autre jour ? 5 choses que tu peux voir, 5 choses que tu peux toucher… Ok. Deep breath. Choisis ta toune, let’s get this show on the road. Tu reach pour ton phone connecté à ton trusty aux cord… Pis rien. Déplogue, replogue. Hmm. « Dis-moi pas- » Shit. Ta aux a rendu l’âme.

On se r’vire sur un dix cennes – pas l’choix. Faut se mettre dequoi dans les oreilles – c’est soit ça ou être stuck avec tes pensées. Hélas, tout c’que tu peux trouver dans ta Civic sale comme le câlisse c’est les vieux CDs de gospel que ta mère t’a prêtés, en espérant que ça t’aiderait à te reconvertir. T’es à boutte. I guess que c’est l’temps de donner une chance au plan C. Tu pitonnes des pitons pour faire marcher une machine qui te semble préhistorique. Tu joues avec la roue de la radio, les grichements s’ensuivent jusqu’à c’que, entre des annonces de discounts sur des quatre-roues pis le rundown de l’économie écroulée, t’entends deux matantes avec un ou deux cafés de trop dans l’corps :

Linda : Vous écoutez Radio-Active, votre station #1 pour les hits d’hier et d’aujourd’hui !

Jeanette : Il est 8h22 pis le vent fesse dans le toupette à matin. Attachez vos tuques !

Linda : Pour de vrai, j’ai perdu la mienne en arrivant icitte… Elle était pas trop belle, so c’est probablement for the best.

Jeanette : C’est tu bin yelle que j’t’avais pogné Noël passé ?

Linda : …

Jeanette : …

Linda : On enchaîne avec nos prédictions météo mais avant, on vous joue un throwback-

Jeanette : pour toutes les hipsters pis les vieux meubles comme nous autres-

Linda : pendant que moi pis Jeanette on euh, règle quelques affaires.

Les premières notes d’une toune familière remplie ta boîte de fer, tentant, against all odds, d’alléger ton esprit dans c’te trafic de matinée, sur la Main. L’ironie t’fait rire un peu : Video Killed the Radio Star.

« Ha. Sauf Linda pis Jeanette » tu t’dis. Le feu vire vert. Tu passes l’hôpital, l’arrêt d’autobus, la p’tite école, la pizza place, pis t’arrives juste à temps, somehow, en chantant de plus en plus bas – le fadeout l’oblige – « You aaaaaare a radio staAaAaAar ».

***

Ce numéro cède le micro à dix auteur·ices qui, à travers leurs plumes, ont traduit à merveille le thème de la radio sous toutes ses facettes : sa magie technologique, son éphémérité, son référent nostalgique. Que ce soit sur le siège passager de la voiture ou de la navette spatiale, les ondes qui parsèment ce numéro sont empreintes d’une révérence envers cette entité familière qui fait partie de nos quotidiens. On vous souhaite bonne lecture et la bienvenue aux ondes de Radio-Active !

Myriam Thomas et Dominique Boucher

Texte publié dans le No 45. Radio-Active