Georgette LeBlanc. ça que la Fan Dancer dit/rapportit aux Journalistes

… ça que la Fan Dancer dit/rapportit aux
journalistes à l’égard de sa fuite grâce à
son ultimate voile-fan (éventail) qu’elle sortit pour se
défaire du piège/d’la trappe qu’était Sagouine Park…

(début de la citation)

Elles t’étouffiont
tu savais pus
où-ce t’étais, il faisait noir
les jupes étiont partout, trop longues
la laine épaisse, des moutons
morts

Mais c’est pas ça le pire
elle était même point en train d’essayer
de me tuer, en tout cas, j’crois pas
elle était partout
il y en avait d’elle partout
une, deux, mille
du personnage à m’entourer, un gouffre
partout, pis pourquoi-ce qu’elles vouliont étouffer
de quoi d’aussi petit, moi, petite
du rien du tout ?

Elle, c’était des troncs d’arbres
sa face trop haute, loin en haut dans les nuages
féroces, ses cuisses d’écorce
ce qui reste de tendre peut-être encore
bien caché là, dessous l’écaille
de sa peau

Sec
rien qui souffle là
à Sagouine Park

J’voulais la voir
J’étais là pour la voir, elle
c’est elle qu’avait dit, 

v’nez nous ouère !

J’l’avais vu
j’l’avais cru
ça avait été écrit
mais holy shit 

Elle
elle était même pas là
rien que ça
le multiple, le même
pas de sa faute à elle, ils
l’aviont pris, encadrée, fini
(elle [la Fan Dancer] tremble d’effroi)

Toutes mes plumes, madame
monsieur,
voler à tire-d’aile
pour monter, pour me sauver
respirer, me défaire des jupes
jusqu’à « sa » face, partout
tricotée, forêt de mailles pure laine
moi avec mes plumes de poudre
coquilles écrasées,
blanches

J’allais mourir
ça s’en venait
j’le savais

Thank goodness
pour *Panspermia

J’ai pu monter haut
jusqu’aux yeux d’elle
enfoncées sous l’arc de lin
craqué auréolécrasé sur le front
de leurs têtes

J’y ai dit
j’su icitte à cause de toi
pour te voir toi
j’su ton amie
je t’ai ouvert des années
passées, je t’ai lu
c’était comme la
première fois, c’était
les étoiles, le début
tout ça

J’y ai dit !

Mais la personne
était même point là
rien que c’t’affaire-là, c’tes affaires-là
partout autour de moi, y avait rien
de l’auteure, ni même le personne-âge, son souffle
rien de sa lumière
rien dans ses yeux

C’est ça que c’est un clone
n’est-ce pas ?
c’est ça que c’est ?

De quoi qui grouille
mais sans pousser ?
(pousser comme grandir,
changer, n’importe quoi)

Une tank, une machine
sans âme, sans pouvoir
rien que la même, le même
le même mot, le même pas
la même affaire, chaque jour
à se répéter la même histoire
qu’on lui a dit, qu’elle répète
sans relation, sans affection, sans nécessité
le clone ne risque rien, ne répond
pas, n’est-ce pas ? Ne répond plus par
sa perfection, atroce
le ton de sa voix qui ne change pas
à ne rien remarquer
point changer, surtout ne pas changer
du tout, rien, rien que rester là
à être dit où aller
comment bouger, quoi porter
suivre, où aller
qui tuer sans savoir pourquoi
rien qu’avancer

J’sais pas, madame
monsieur le journaliste

J’sais rien du tout

Mais je n’oublierai
pas

Ça

(fin de la citation)

 

*sobriquet de son éventail de Panspermie : théorie selon laquelle la vie sur la terre provient de germes venus d’ailleurs – selon Robert (Le) Robert.

 

Georgette LeBlanc
Texte publié dans le Numéro 25. Sagouine Park