Myriam Thomas. Souper d’famille


Patates pilées
Feuilles d’automne
Les chaises de bois qui décollent leurs doigts du sol
Et qui le grafignent
La fumée qui monte des assiettes trop pleines
Préparées par les mains trop usées de mémére

Est-ce que la beauté, c’est la transformation ?
Est-ce que le confort, c’est faire mourir un peu
Pour une bonne cause ?

Odeurs de souper traditionnel
Vue des feuilles mortes qui couvrent les pierres tombales du cimetière
Qu’on peut voir par la fenêtre du salon
Qu’on aperçoit à partir de la table à manger
Entourée de membres d’une famille
Qui se voient yink 4 fois par année gros max.
Qui ont 2 conversations on loop gros max.
Qui mangent une bonne assiette (ou deux) du steak d’orignal
De patates avec trop, mais vraiment juste assez d’beurre
Et des concombres et des tomates du jardin
Parce que ceux d’la Coop sont bons, mais ça goute juste pas pareil

Métal trop lourd de la fourchette qui pèse dans ma main droite
Chien du voisin qui jappe à chaque char qui vire le croche
Le chien d’mes grands-parents me manque
Mon enfance passée à jouer avec me manque
J’ai manqué la dernière joke, j’ris pareil
J’peux toujours compter sur un peu de comédie
Et sur la p’tite chorale de rire aussi chaleureuse
Que la montagne d’amidon et de sel trop à pic qui suit

Dinner and a show qui goute le cidre de pomme trop chaud  :
Ça passe trop vite, mais tu t’en rappelles pour une coupelle de jours

Après avoir froncé les sourcils, mais rien dit aux jokes avec des undertones d’homophobie
Qui restent comme les restes entre les dents des gens qui passent pas le fil dentaire
Ça fait un peu d’bien de voir les hommes faire la vaisselle
De feeler comme  : « hey, maybe que ma famille est un peu leftist dans l’fond »
Des fois, y faut gratter un peu la crasse pour se convaincre qu’y en avait pas to begin with

Des fois, faut que tu te lèves de ta chaise
Qu’est pas vraiment « ta » chaise
Pour dire « bye » à la visite
Des fois, c’est toi la visite
Des fois, y reste yink les photos des années précédentes parce que la visite vient pu
Des fois, on crisse les patates aux poubelles parce qu’y’a pu d’place dans l’fridge
Pi c’est l’temps d’se coucher
Des fois, le mal de ventre nous vient pas à cause d’une indigestion,
Mais à cause de la vue de la fenêtre du salon
Qu’on aperçoit à partir de la table
Vide.

Myriam Thomas

Texte publié dans le No 37. La patate

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