Janice Durant. 1. Une certaine liberté   2. Un état d’âme

Patate 1 – Une certaine liberté

la peau toute ratatinée
j’oublie des fois
pi je reste là
bouche bée
bakée
à wonderer
no wonder ever
whatever
patate

évachés là su l’couch à rien faire toute la journée
grande bringue !
faignants !
plus féculents les uns que les autres
amylose pulvérulente, tubercule gélifiante

je pense, donc je suis un balai
la logique n’en vaut plus la peine
c’est le plus fou et le plus fort qui remporte tout
sur notre planète d’imbéciles et de microbes

notre imbécilisation s’achève, les racines s’évaporent dans l’air du temps
swipe
swipe
swipe
rien de reste
pourtant…
on devrait s’épater à tout’ les instants de toutes les secondes de toutes les minutes du monde de pouvoir voir avec nos yeux tout ce qu’il y a dans notre champ de vision, de pouvoir faire bouger nos yeux en se pliant les genoux, de pouvoir promener ces yeux partout avec nos jambes et de pouvoir les rapprocher du sol, de pouvoir sentir et creuser cette terre avec nos mains et de pouvoir retrouver dans cette terre des pommes qui nous attendaient là sans rien dire. Des pommes muettes avec des yeux qui ne voient pas, sans même de cervelle, sans pouvoir même commencer à penser que ce serait tellement great de pouvoir voir avec nos yeux tout en se promenant un peu partout sur une terre avec des pommes dedans.

Vive la patate libre !

Patates 2 – un état d’âme

Nous nous évachâmes sans rien dire derrière l’optique d’une splendeur sans fin

L’époque était au laissez-faire, jamais nous ne nous souciâmes de rien

Pour continuer, il aurait fallu que nous nous eussions foutu de tout

alors nous poursuivîmes indignement notre chemin carrément fourchu.

Imperturbables, nous nous engloutîmes l’âme de l’absolutiste insouciance.

D’allure farouchement déboussolées, en instance décalée, nous nous installâmes

tranquilles, épatées et loquaces, pour jaillir là d’éblouissements effrénés.

Janice Durant

Texte publié dans le No 37. La patate

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