Christian Roy. Premier degré

il vit au premier degré, de battement à battement prémédité, jusqu’à de palpitantes cadences, être aux piètres pôles, tapi dans la fronde lactée, animal de compagnie à la grande bouche de guignol, radotant ses propres jours comme un narrateur impuissant, un constat sans dessein, au présent comme une guigne, un présent sans pendule, écorché par les aiguilles de quart à quart

quelle monumentale guerre il dispute jour après jour dans les tranchées de l’aisance, à la bonne franquette, au vitriol, à la baïonnette, son corps un ennemi coriace qu’il tente désespérément de garder en vie, ses muscles des cannibales brandissant sucres et calories en offrande au vieillissement qu’il compresse sans détente et contemple avec détresse

il est de passage, seulement, racine ce n’est qu’un mot, puisque la vie s’étiole et nous sommes tous en transit, à destination de rien, racine n’est qu’un mot, comme fragile et fatal, comme funèbre et final, il n’y a pas de mousse sous ses pieds, pas de temps pour qu’elle pousse, parce que demain attend, si demain il y a, et aujourd’hui exige

 

Christian Roy
Texte publié dans le No.24 ((Libre))