Monica Bolduc. Pas capable

21h- 22h
Montréal, QC
Terrasse de mon appartement, coin Saint-Hubert/Ontario, petit nid que je me suis créé au fond du balcon et que tout le monde reconnait maintenant comme « la place à Monica », ornée d’une chaise de camping noire et d’une petite chaise de bois qui sert de table. Coin mémorable de ma première demeure montréalaise, chaotique, chaleureuse en enrichissante.

pas capable
de me choisir une place
de te dire que j’t’aime
d’éviter
la culpabilité

être trop passive
être loin de vous
plus savoir
comment tu goûtes

l’identité glacée
qui préfère écrire
dans les cendres
des soirées déjà finies

je sais pu
qui j’su

pourquoi je suis la seule responsable
de ta conclusion
éclose
recyclée
sans quoi
tout s’écroule

mélange hétéroclite
de langues
courbées
qui se renient

je saurais pas quoi dire
qui blâmer
quand me reproduire

je grimpe sur toi
comme les feuilles
sur la brique
je sais plus où aller
j’vis dans une chambre
sans fenêtres

j’hésite à crier
parce que l’évidence est brute
comme tes yeux soumis

j’use mes runnings
pis mes jambes peuvent pu

je m’excuse
d’écrire encore au « je »

je suis
une minorité palpable
aux sens aiguisés
tu t’en crisses anyway
fuck

prendre des tournants
dépressifs
chroniques
maniaques

j’écris matières fécales
régurgitations refoulées
coupures
manque

respecter les règles
je m’effrite
quand tu pars
quand la rigidité se meurt

c’est le temps
de mettre les remords
au chemin

 

Monica Bolduc
Texte publié dans le No.21 Acadie24