Pierre Van Cutsem. Bruselles

Chelsea Gauvin, Travels

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— Please hold —

Ladies and gentlemen, take a seat, the show is about to begin

Quand, pour le plaisir de quelques vacanciers férus de curiosités administratives,
tu te travestis, Bruselles, avec l’élégance qui te fait défaut, en ville,
on en voit qui, après avoir caressé de leurs mains spasmodiques,
comme il convient, la muse éthylique, semblent étourdis
par les délicates superficialités que tu susurres à leur vanité.
Capitaule d’un État-taxation qui existe presqu’à moitié,
tu attires les estomacs touristiques dont les parois engraissées,
gargouillant de plaisir au rythme malsain de tes cancertos émétiques
exécutés par d’éclectiques électriciens désarticulés aux doigts arthritiques,
s’épanchent, avec une délicatesse intestine, le long des façades qui s’effritent.
[Politiquement incorrect]

D’infortunés pigeons pollués et faméliques aux pattes mutilées
claudiquent maladroitement sur tes pavés édentés et se disputent
un sandwich dégarni assez suspect à la mine glaireuse
à la lueur malade qui s’écoule d’un lampadaire fuligineux.
Ce soir, comme chaque soir au beau milieu de ton centre-vide,
du moins, durant ses heures d’ouverture [illisible],
on entend, tapotant de temps en temps frénétiquement sur leurs Schmerzphones,
les caresses sans tendresse des exilés de circonstance who are
compulsively selfie-ing their synthetic ontological modulations
on commercial media where open-blinded people
are living their ready-made consumerist pilgrimage by proxy.
Un peu plus loin, dans la rue Peut-être Misschienstraat,
sous les yeux abêtis de deux Schtroumpfs flamands dépressifs,
la résignation patrouille avec des Arlequins garants du désordre public
qui matent des Colombines quasiment démaquillées dont l’air chevalin
parvient pourtant à faire frétiller leurs lourds fusils affamés.
Dans le train fantôme mal lingué, visqueux, et explosif,
des navetteurs transis et d’ailleurs observent d’un œil vitreux
avec l’indifférence qui est ici monnaie courante
les carrelages rouges de Mælbeek desquels suinte la culpabilité.
On se fait à tout, au pire et à l’impensable surtout,
donc il n’y a pas de quoi s’inquiéter.
Les derniers humanistes nécrophones naïfs veillent en vain
sur une dépouille bilingue qu’on a enveloppée par erreur
dans ce fameux linceul bleu aux étoiles trop jaunes.
La chétive créature est disposée sur un catafalque de fortune
et son front couronné comme celui des plus belles impostures.
Mus par un chagrin sans pareil, ses prétendants se pressent
à ses pieds afin de récolter, avant qu’ils ne se gâtent,
les abats de cette charmante charogne
réputée pour son goût si faisandé.
De fins cuisiniers à l’esprit créatif ont même proposé,
dans un accès de philanthropie inconsidérée,
de préserver cette chair si molle et élastique
afin d’en extraire une sauce curative
pour les contribuables les moins fortunés
et ceux qui, à leur grand malheur, sont trop éloignés
du centre administratif de cet empire costumé
pour avoir la chance de bénéficier de ses délices.
Mais voilà qu’arrive le Kyste, suivi de sa perfusion sérotonique
portée par deux planqués interchangeables auxquels on a promis,
pour récompenser leurs déloyaux services, l’asile éternel.
Des infirmes aident Sa Déliquescence à quitter sa chaise troublante
pendant que les guignols consanguins plutôt gonflés
vessent quelques borborygmes logorrhéiques
dont le fumet semble chatouiller les narines fragiles
des masses frivoles qui éternuent par intermittence
les avortons de la Pensée Unique, le babillage desquels
gaufre des cerveaux d’une liberté sans pareille.
Ainsi rédimés, les béni-oui-oui s’en vont,
nimbés du sentiment de survivre dans ce qui,
comme on le leur a dit,
est le plus beau déni du monde.

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#Bruselles #Administrativedream #Oldliesdiehard

 

Pierre Van Cutsem
Texte publié dans le No 19