Seream. Corps en jachère. Corps pépites. Corps rendu

Corps en jachère

En gravitant entre les spams
Dans cette fusion relationnelle
Les absences n’ont pas leur place
Les silences ne se brisent plus
Nos forfaits ont le toucher illimité
Règne de l’outil sans manche
Gestes et mouvements concentrés
Relégués à l’effort d’un mourant
Signe imperceptible
Un effleurement de glace
Une caresse d’écran
Un frôlement du pollex
Le monde à la fenêtre
Retour d’aile protectrice
Téton nourricier
L’orage a grondé si fort
Son http a tremblé
La vie en plein dans l’air
Nature dorée aux milliards de couleurs
Nous ne serons plus jamais seuls
Tout est si proche
L’éloignement ?
Mirage des distances
Astres, pays, océans, montagnes, cités, proches
Tous là
Proximité vaseuse
Nous avons perdu nos corps
Sur le continuum
Et la bataille pour la réalité des fleurs
Ubiquité nécessaire
Mêmes culottes les soirs de méta
Et les matins de vers
Intelligence sacrificielle
Futilité rageuse
Sillons des tanks technos réels
Invasion de l’intime sans surprise
Corps prétexte à la neutralité
Regret des glandes dans l’écho des clics
La technologie n’est pas neutre
Rêves et sentiments numérisés
Corps connecté
À ses pas
À son pouls
À son poids
À son palpitant
À ses prouesses
À sa paresse
Au nom du pratique
Nous avons perdu la puissance
D’animer nos corps
Marche limitée – le balancier ?
Efforts évités – l’errance ?
Contraintes moelleuses – l’aventure ?
Circuit hypnotique
Le corps peut tout
La volonté suit
L’adresse s’aligne
Magie de se mouvoir et de modeler
Le corps dépasse
Vue magnifique
Nous n’habitons plus le monde
Un autre monde nous habite
L’aurore fige en mode hors ligne
L’aube dessine son QR code
Dans le flou des matins blêmes
Nos soleils engourdis se lèvent
Demain sera plus lumineux.

Corps pépites

Si je pense à toi
Je pense à ton corps
Ton esprit a l’odeur du grain de ta peau
Tu vois juste 
À chaque passage
De ma paume moulée 
Sur l’âme de tes courbes
Nos hésitations sont un pacte
Un serment des cavités prédisant
L’enchantement des chairs
Les spéculations sur nos corps d’amour

Corps rendu

Être vivant
Émerveillé 
Habiter un corps
S’appeler untel

Être mort
Passé 
Habiter le vide
S’appeler le corps d’untel

Seream

Texte publié dans le No 36. En corps

Aller au contenu principal