1.

Plus ça change plus c’est pareil
T’es obligé de te choisir une voie
C’est déjà pas avoir le choix
Mais tu vas le prendre pareil
Que tu prennes à droite
Ou à gauche
On va finir par se pogner à la gorge
Aussi bien régler ça tu suite

Touche pas à la maison
Que je bâtis
Sinon, je pisserai sur l’arbre
Qui porte ton nom
Et je construirai des Églises
Sur ton lit éternel
Tu te dis près de la terre
Couche-toi le ventre au sol
Que je te marche dessus
C’est juste ça dans le fond
Créer des ponts
T’as juste pas encore compris
Que tu es la ressource qui s’essouffle

Le monde n’a pas besoin de toi
Pour me donner ce que je veux
La terre devient rouge
Sous mes pieds
Et je suis un artiste avec l’argile de tes lamentations
Je sais sculpter l’espoir
Dans le mensonge des veines
Qui enracinent ta douleur

Ça fera pousser des belles fleurs
Blanches
Quand va finir l’hiver
Mais pas pour toi

Je m’excuserai à tes petits-enfants
Avec des livres à colorier
Et des visites au musée

Refuse-moi un printemps
Prive-moi de renaissance
Je te barricade

Mon nutshimit amaigri
Rage car souvent violé

Il appelle ces enfants
Armés de non-violence
Des Ak-47 de la paix
Ils se dressent seuls
Contre le cheval de Fer

Dans une haine grandissante
Nos existences dérangent
Par l’or bruni de nos visages
Par ces chevelures ondoyantes
Nos effluves de sauge et de cèdre

Je me suis dressée
Contre ce racisme
De swastikas
Tatouant mon 082
Sur un cœur affaibli

Je lis les messagers de haine
Se complaisant dans l’ignorance

J’irais affronter ton Colt .45
Pour accueillir ta balle si blanche
Car même sur mes terres
Je ne peux m’épanouir

Va chier câlisse

Nous parlons de la violence gratuite, accessible partout. Décortiquons les images. Le hamster qui court dans nos têtes court aussi dans la poêle en fonte où il se fait frire. Facebook Live où tout est filmé, ses petites pattes sautillent dans l’huile brûlante. Exposé.es à la cruauté animale, nous voudrions nous aussi mourir roulé.es en boule en solidarité avec le hamster. Excédé.es des comportements sans dessein des autres, nous leurs murmurons fuck you all en continuant de scroller down.

Faudrait arrêter de voir l’écran
Comme une vitre de char
Monter pis descendre
Comme quand on était ti-cul
Pis qu’on s’amusait à souffler sur le verre
Pour écrire Fuck you ou Help
Du bout des doigts

Faudrait arrêter de se copier-coller
Des vies filtrées
De cracher sa haine corrosive
Sur les murs
En petits éclats anonymes
Sans s’expliquer
Augmenter son contraste
Dans des soirées à attendre qu’on s’aime

Faudrait arrêter de voir l’écran
Comme le paradis des jalousies
Des soirées de sneekage
Sur les autoroutes calculées
De ce qu’on se fait croire
À tout le monde

Faudrait arrêter de lire l’avenir
En 200 caractères
Dans des boules de cristal rétroéclairées
Faudrait arrêter de chercher
Le contact dans la distance
Et surtout ne pas lire les commentaires

se regarder agir
pleurer les victoires
passées
forever tired
fatigué.e encadré.e piétiné.e pris.e de court
par les tombeaux
de leurs ambitions

se crosser
sur les ouï-dires
prendre par derrière
la cadence
des décennies à venir
éjaculation idéaliste
baiser en gardant nos bas
sur le battlefield épuré

le flambeau
passé
au détriment
de ceux qui sont laids
ceux qui espèrent
avoir encore la force
de lever les bras

jouissez sur vos terres déchirées
arrachez-vous les yeux
à la cuillère
tenez le torse
à l’envers
pour ne pas trop
basculer
ceux qui s’en crissent

Je serais morte devant le train
Le baigner de mon sang
Au quantum désiré

Dans une colère territoriale
Digne des premières guerres indiennes

Sur ce qui me reste de poussières
Tu te sers, libre de toute gêne
Te croyant pureté eugénique

Au top des palmarès
De ces races de légende
Où tu aimes trôner

Tu remets en question
Tout ce qui est légitime
Sur une mauvaise foi
D’haleine fétide

On nous dit d’être au-dessus
Des insultes, de la hargne
Mais comprends nos combats

Enligne les sept générations
Dans un peloton de conclusions
Pour assurer ta prédominance

Sébastien Bérubé

Mo Bolduc

Maya Cousineau Mollen

Francis Paradis