Sonia Cotten. Notre odeur de proie

11h – 12h
Rouyn-Norana, QC
C’est mon salon, mon salon québécois pusiqu’il n’est composé que d’oeuvres d’art (et de fleurs) de la province  (ou bummés chez des gens de la province !). Mon salon lumineux où je  travaille debout pour pouvoir mieux ressentir, mieux capter, mieux transmettre — et faire quelques pas de salsa. c’est là que j’ai passée l’heure à écrire.

Nourrir ta joie est trop exigeant
Je nourrirai ma bête plutôt que la tienne
Parce que je t’aime
Et te vois comme tu es
Cet aveu est une grande guerre
Où les soldats ne savent ni aimer ni haïr
Leurs voix sans jambes rampent
dans les tranchées d’une vengeance qui n’est pas la leur
Territoire dictateur         territoire toi le véritable ennemi
Il y a une arène que tu préfères
Et tu y installes le goût de la vengeance et l’amour de la mort
Avec les gestes doux du captif et le chuchotement du bourreau
Il n’y a pas de place pour l’espoir ici, je te l’accorde,
Il y a trop d’espace pour souffrir
Trop de lieux pour saigner tranquilles
Où tous peuvent identifier notre odeur de proie
dans cette région-ressource         région-panse de bœuf
région-tordeuse d’épinette         région-steak d’orignal

Au-dessus du bon sens et des particules d’arsenic
L’oiseau est le projectile du rêve perdu
Son nid est fait de brindilles de vitres pétées
Est-ce lui que tu venges ?

Je mettrai la hache dans la tête de ce pays qui me kidnappe
Me viole         me suicide

Je me cache dans cette vie pour y désappartenir
Je skidde l’aube et à chaque pas, je brûle le précédent
Le pardon
Qui n’est, au fond, rien de plus que rappeler à l’autre sa faute
Sa faute, sa faute,
Sa très grande faute

 

Sonia Cotten
Texte publié dans le No.21 Acadie24