17. Pour les poissons

SERGE PATRICE
Seul comme une ile je suis libre.

Ma solitude est fragmentée,
difficilement exprimable, surtout au soleil.
Je n’ai aucune idée où tout ça me conduira.
Ma valise est posée au sol dans une gare
où les toilettes sont infectes.
Je lève les yeux vers le tableau des destinations :
j’irai partout, sans reculer d’un seul pas.
Mon médecin m’envoie passer des tests à l’hôpital
même si je ne suis pas malade ; c’est à cause de mon âge.

Je n’aime pas l’hôpital, c’est plein de tout-seuls là-dedans
et tout le monde chuchote leurs misères et leurs peines,
et personne n’écoute, parce que des écrans de télévision
prennent toute la place.

J’aime jeter des bouteilles à la mer. J’aime croire que mes mots
se retrouveront dans le ventre d’un poisson. Je ne veux pas
que quelqu’un les lise. J’écris pour les poissons, mes ancêtres.

 

Serge Patrice Thibodeau

texte publié dans le No 20, Solitudes