Raymond Sewell. Je veux mourir dans le nord de l’État de New York

English / Mi’kmaq

– Traduit par Christine Melanson

Vicky Lentz. Where the Seahorses Roam. Acrylic, oil bar and gold leaf on canvas, 18 X 18”

Je veux mourir dans le nord de l’État de New York
Quelque part dans les Adirondacks
Laissé librement en nature

Je veux voir des crépuscules de pastel
Sur les montagnes
Les inondant de rose et de bleu
Riches de conifères
Je veux planer sur les lacs du Fulton

Je veux vivre ma vie comme un tableau de Jackson Pollock
Je veux éclabousser la toile
Être lumineux, dégoulinant de vie
Je veux ruisseler sur la toile et inonder le parquet
Je veux m’amasser sur les bords
et mourir dans le nord de l’État de New York

Je veux vriller dans les vignes
Tourbillonner de pieu en pieu, de vigne en vigne, de rang en rang
Je veux sentir l’herbe fraiche sous mes pieds
Je veux porter une couronne d’arbres
Je veux tracer la rivière d’Hudson d’une main de géant

Je veux m’asseoir au sommet d’Alster Tower par une nuit solitaire
Je veux fouler des pieds la terre de Heart Island
Je veux contempler la nuit et ses nuages se rejoignant comme des mains en prière
Je veux lever les yeux et voir les vitraux de Boldt Castle

Je veux mourir dans le nord de l’État New York
Si possible à l’automne
Lorsque le rouge suinte des feuilles et coule dans les eaux
Se secouant vers elles
Je veux être porté au-dessus des lacs dans une main de peintre
Je veux être grand pour une fois

Je veux être aussi seul qu’un hall vide
D’une solitude paisible, affirmée
Je veux être les feuilles qui habitent maintenant un vieux bâtiment
Je veux m’asseoir dans un hall vide

Tu pourrais me rejoindre et nous pourrions être seuls ensemble
Nous pourrions être musique, vent
Nous pourrions jouer sur les poutres

Tu pourrais me rejoindre et nous pourrions être seuls ensemble
Nous pourrions être musique, vent
Nous pourrions jouer sur les poutres

Le monde tourne, crois-tu qu’il est possible qu’il se repose ?

Nous sommes les bourgeons des Catskills, mon amour
Nos joues aussi rouges que les toits de Mohonk Mountain House
Nous pouvons être ce qu’on voudra, en transcendance

Je veux mourir dans le nord de l’État de New York
Je veux que tu me rejoignes pour que nous puissions explorer
Je veux vivre tel un tableau de Jackson Pollock
Une vive éclaboussure sur la toile
Je veux être seul
Gracieusement seul
Juste seul
Seul avec toi

Viens siffler dans les cavernes de Howe
À travers les dents des stalagmites
Soyons les Mille Îles
Asseyons-nous sur la plage où il y a juste assez de place
Je me languis d’être seul avec toi

Je me languis d’être seul avec toi
Pour que nos couleurs se mélangent
Pour que nos rubans se mêlent
Je n’ai jamais eu la foi
Mais je me languirai toujours d’être seul avec toi

Ainsi la lune est mon ange
J’aime rêver en-dessous d’elle
Est-ce étrange qu’elle soit mon ancre ?
Mon ancre à l’envers ?

Je m’assieds dans l’eau,
esseulé
Je suis un château dans la brume
Je suis la peur dans une boite
Tu es un vent sur l’océan
Tu es une superstition passagère
Tu es un sentier que je prends pour revenir

Je veux mourir dans le nord de l’État de New York
Je veux que nos rubans se mêlent
En roulant dans le paradis
Une couronne trempée dans les montagnes
Pleurant sous un ciel doré
Dieu est trop grand, les dieux sont trop grands pour nous

Et ainsi la lune est mon ange
J’ai longtemps couru derrière elle
Attrapant tout ce qu’elle me lance
Je veux que nos couleurs se mélangent
Je veux que nos rubans se mêlent
Je me languis de la campagne et de tes yeux chantants

Je suis un hall vide
Mon cœur est un ballon coloré
Qui flotte sur une cascade
Toute cette lumière en moi
Mon corps est un temple, un sanctuaire pour toi
Tous les yeux de la ville ne peuvent t’égaler
Tes yeux chantants
Les couleurs de la récolte
Les nouveaux coups du printemps quand les nuages défilent comme des héros dans la vallée
Nous sommes lumière en mouvement

Je trace des symboles sur le mur
Des rythmes d’eau fraiche et de sel
Tes yeux chantants et moi
Évitant d’une pierre les deux coups

Je suis les rideaux de pluie sur ton avion vide
Une seule fenêtre
Un regard sans fin
Une forêt infinie
Un flamboiement vert
Sous le ruban et la couronne
Je dépose ta feuille couchante

Un palais vide, des planchers à carreaux
Une plongée en spirale précise
Qui s’ouvre comme une rose
Une lumière passant sous les portes closes
Où les murmures se rassemblent, s’amplifient et tourbillonnent
Serrés comme les lèvres et les boucles des amoureux

Mon cœur a le droit d’avoir mal
Dis-moi que je peux ressentir
Mets sur moi ta lumière
Vois-moi te regarder
Vois-moi t’aimer
Tes yeux chantants

Je veux plonger dans un ciel nocturne
Je veux nager dans les remous célestes
Je veux tomber sous cette grande main
Avec ma main dans la tienne

Je veux un album de famille
Je veux fuir la peur d’échouer
Plonger dans le ciel nocturne
M’épanouir comme une étoile du ciel
Je ne veux pas mettre en doute pourquoi
Je brûle dans
Une nuit à l’envers au nord de l’État de New York

Prends-moi dans un ciel obscur
Soyons deux croissants de lune main dans la main
L’air me frappe comme une main de dieu
L’air m’entend comme un bon ami
Les étoiles me raflent comme une hirondelle gardant son nid

Je te sens comme une poésie débordant d’une tête pleine de jazz
Quand tu aimes
Tu regardes une fête de l’extérieur
On n’entend pas les mots mais on sent le bourdonnement

Je me languis d’être seul
Je veux que nos couleurs se mêlent
Tu me montres la beauté de la vie
Spectateur du ciel, lorgneur de feuilles, buveur de soleil
Un rôle repris
Tes yeux chantants

Je ne suis qu’un fossile amoureux
Je veux t’épouser de nouveau
Je veux cueillir des pommes avec nos enfants

Rejoins-moi au sommet de l’automne
Je serai ta citrouille-lanterne, ton poète-farceur, ta radieuse bibliothèque garnie
Deux croissants de lune dans un ciel ouvert

 

Raymond Sewell
Texte publié dans le No 17. Faire communauté

Raymond Sewell. Photo : Annie France Noël