Theresa Mea. caraquet

Je t’ai rencontré un hiver de neige paquetée jusqu’au poteaux ça a l’air
mais moi j’voyais pas plus haut que papa pas plus loin que mon parc
pas plus large que les murs sans mes repères de rideaux pis de lampes
on les as-tu laissés en arrière
St-Jean va-tu les ramener comme un p’tit chien perdu dans ses traces
j’pense qu’on est rendu loin icitte
les voix sont pus pareilles
rigoles sur les champs les bardeaux les filets dans une fente de mes tripes
je balbutie tes berlicocos

à nos portes des scieaux cadeaux de maquereaux morues éplans
des pots de hareng fumé des mitaines pis deux mini ponchos tricotés
un turquoise l’autre crème bordé de rose
c’était avant Medicare ça
à côté un coq chante
plus tard nos petites pattes se faufilent entre vaches chevaux pis poules
quand l’vent vire du mauvais bord ça sent la shoppe du Gorton-Pew
quand c’qui tourne du bon bord i me croone des boites à chansons pis des reels de violon sous la Grande Tente

mon enfance t’a vu t’épanouir
tu t’as fait des jaloux
le Sud revendique sa part de capitale pis d’étoile du Nord
le simili-crabe essaie de pincer un grain de not’ folie une goutte de brokerie
d’un village qui s’étire plus loin qu’une patente et se gosse une ville
au carrefour des possibilités

difficile de s’arracher de tes bois de tes plages de ta mer
qu’on hume dans not’ linge
qui brume su nos toits
à la remontée du jour
à la fin de mon Tchernobyl j’erviendrai te trouver
quand les glyphosates auront débordé et m’auront fait mûrir avant mon temps
j’ertournerai où le soleil se lève sur la cime des sapins
se couche sur les mouettes et la vague
où les pendeloques d’étoiles et de feux follets
dans leur film slow motion
me suspendront aussi à leur ciel

Theresa Mea

Texte publié dans le 29e numéro Éloge (paradoxal)

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