Paul Lalonde. Bête sauvage

Cette nuit est sombre d’ombrages
et faible d’abriques
seul, quand-ce qu’on ravaude la nuit
coumme une bête sauvage
dans les ferdoches,
sans feu ni croix sur la carte.

La nuit, des écartés,
sans clarté de la lune
ni de chandelle dans la vitre.
Ombre sur ombre.
Ombre qui n’accuse poinne,
doigt que pointe poinne.

Marounne !
Tu dors coumme un esclave.
Étoiles qui sacront
en cris noirs pointus,
en instinct animal :
cache-toi là-ce qu’il fait plus noir.
Nige-toi dans ton trou, mon forban !
Pigeounne-toi, bête sagnante !
Liche tes pattes griffées.
Des fois, la nuit est longie ;
djette à la fonne.

Tableau noir
écrit au feutchaque,
pour ne point dire en noir et blanc.
Les pensées d’un homme seul
qu’est allé queurver dans son terrier ;
son histoire écrite en feuilles d’autoumne.

Paul Lalonde
Texte publié dans le Numéro 28. Phonésie