Je trie, je range,
Je déchire et je jette.
Le non-être m’a envahie,
Les choses : objets, bibelots m’acculent.
D’accumulation en accumulation,
Elles m’ont prise en otage.
Retenir, pousser, relâcher,
Contractions et épisiotomie :
J’accouche d’un monde solide.
— Matière, engloutissante matière,
N’as-tu été créée que pour nous submerger ?
Je m’empare d’un sécateur
Et je taille dans le vif,
J’émonde ce qui dépasse.
— Retiens ton souffle :
Je jette tes brandons au bûcher de la pesanteur,
Je t’immole au feu du tout ou rien.
Que ton corps se contorsionne de douleur,
Que l’abcès purulent de ton trop se vide.
Qu’il ne reste plus rien de toi !
Éloigne-toi de moi,
Laisse-moi juste respirer.
Que je puisse souffler,
Éteindre la braise,
Retirer des décombres
Ma légèreté fondamentale.
Si tu savais le temps qu’il m’aura fallu
Pour comprendre que tu n’es RIEN !

Alexia Frenette, Coup de balai (2026)



