Kimberly Gautreau. Une histoire à dormir debout

Kimberly Gautreau

Un jour saint François se promenait dans la forêt acadienne
les geais bleus voletaient autour de lui et se posaient sur ses patientes épaules
& les turbulents écureuils batifolaient près de la rivière

il rencontra un gnome désespéré
qui avait suivi des miettes de pain sur le chemin
en espérant trouver
le trésor caché *

Le gnome avait passé une nuit d’épouvante dans les sombres bois
les racines d’un arbre maudit l’avaient emprisonné
(en s’enroulant autour de sa taille tremblante !)

Saint François tenta et tenta en vain de libérer le gnome

Soudain un chariot en flamme apparut
& au centre de ce feu flamboyant
une apparition
la déesse irlandaise
Brigitte

D’une voix frémissante
elle se mit à chanter pour implorer le repentir du gnome
car l’équinoxe du printemps approchait

& des abeilles & des hiboux se jetèrent sur l’arbre
& des serpents s’enroulèrent autour de ses pieds trempés
& et en pleurant il demanda pardon
pour toutes ses fautes

Elle sourit avec douceur
puis disparut dans un nuage de brume
ses animaux à sa suite
et le chariot s’envola dans le ciel

C’est seulement à ce moment que saint François put libérer le petit gnome
& au matin ils arrivèrent au lac Baker
s’arrêtèrent dans une taverne du coin
(baptisée La Tasse D’Étain)
et se régalèrent de pets-de-sœur & de tartes aux bleuets
& d’esprit-de-vin & de bière & de bière & et de vin

Enfin l’âme du pauvre gnome fut en paix
et peu de temps après il devint cuisinier
à la taverne de La Tasse D’Étain

& s’acheta une roulotte au bord de la mer

Références…

Saint François sur son lit de mort psaume 141, verset 10 : « Que ces méchants tombent dans leur propre piège, tandis que moi, j’y échapperai ! »

La sainte irlandaise Brigitte de Kildare, miracles domestiques & guérison, sainte patronne des démunis et des fugitifs. La poète païenne celtique Brigit ou Brighid annonce l’arrivée du printemps.

*Aujourd’hui, la valeur en bourse des trésors cachés est de 750 $ canadiens.

 

Kimberly Gautreau
Traduction : Marie-Claire Dugas

Texte publié dans le no 8 Jeudivers