5. À la plage, deuxième partie

À la plage, la révolution revoit monsieur Einstein. Il est caché en dessous d’un parasol.

Assis dans le sable, il bricole.

Il bricole des pancartes. Il agrafe des cartons sur des morceaux de bois de grève. Avec de la gouache et des crayons, il écrit des slogans et les décore avec des arabesques multicolores. C’est bizarre. On dirait de l’art sauvage.

Des flos viennent l’aider en riant. Lui, il sourit, mais reste muet comme un poisson. Sauf pour ce qu’il écrit  : Bagne ! Ding ! Paclaf ! Wouhou ! Une collection d’onomatopées en guise de signes sociaux.

La révolution se joint à la tonique équipe. Comme par magie, elle se voit changer les ogives en olives. Zam ! Changer les autos en chameaux. Zam ! Changer les usines en ruines. Zam ! Changer les tyrans en tire-bouchons.

Sous le parasol, on s’amuse comme des bottines.

Puis, quand monsieur Einstein se lève pour aller se baigner, la révolution le suit. Debout dans l’ondulation des vagues jusqu’au nombril, elle goûte à un repos rare, salé. Un repos liquide, fluide, tempéré.

À la fin de la journée, les flos lui demandent si elle va participer à la manif. «  Quelle manif ?  » demande la révolution. Les enfants sacrent leur camp en riant. La révolution rembarque sur son bicycle à pédales, avec une énigme dans les sourcils.

Philippe Garon. La révolution à la plage

No Hors-série. Été 2026