2. Prière de ne pas déranger

La révolution est mêlée comme un jeu de cartes. Pas moyen d’être tranquille. Même ça est hors de prix, à part quand elle dort, puis encore.

La révolution a décidé d’arrêter de parler. De toute façon, personne l’écoute. Est unilingue canadienne mal à l’aise. Personne la comprend. Est tannée de se faire niaiser. Est tannée que ses conseils de nuit nous portent sommeil. Ça fait qu’elle a décidé d’arrêter de parler.

Le bruit entre ses deux oreilles la surveille. Elle voudrait émigrer en république du silence.

La révolution voit des solutions partout. Des bonnes idées. Mais les bonnes idées tombent à terre. Se pètent la gueule. Les bonnes idées se ramassent à l’urgence. Au lazaret. À l’orphelinat. Aux objets perdus. À l’hospice. Au cimetière. Amen.

La révolution a perdu le sens de la fête. Le sens civique. Le sens de l’équilibre. Le sens du poil. Le sens figuré. Le sens des priorités. Le gros bon sens. Le sens de l’humour. Elle trouve plus ça drôle. Elle cherche un sens à notre liturgie d’acheter.

Sainte Céline, priez pour nous. Sainte Marilou, Saint Ricardo, Sainte Véro priez pour nous. Saint Canadian Tire, Saint Walmart, Saint Costco, priez pour nous. Saint Irving, priez pour nous. Saint Simon ? Non. Saint Isidore ? Non. Saint George ? Non. Sainte Rose ? Non. Sainte Dixie Lee, priez pour nous. Saint Amazon, Saint Netflix, priez pour nous. Saint Harley Davidson, priez pour nous.

Faites que nos dimanches s’ouvrent à toutes nos volontés.

La révolution est à genou. Il faut qu’elle réapprenne à observer. Il faut qu’elle réapprenne à accepter. À laisser le temps la prendre. Nous autres aussi, faudrait réapprendre. À vivre mieux. À vivre heureux. Même si le monde a bien changé.

Philippe Garon. La révolution à la plage

No Hors-série. Été 2026