
Dans les bruits d’un matin qui exagère, la révolution se réveille.
Elle en a son Jésus-Christ de voyage. Son viarge de voyage. Elle en a son Saint-Léolin de voyage. Elle en a sa Sainte-Marie, mère de Dieu de voyage. Elle en a son Saint-Théophile de voyage. Elle en a son évangile de voyage. Elle en a son chaparral de voyage. Elle en a son Tim Hortons de voyage. Elle en a son Saint-Pierre-aux-Liens de voyage. Elle en a son Saint-André de voyage. Son rosaire, son crucifix de voyage. Elle en a son Instagram de voyage. Elle en a son Saint-Jean-Eudes de voyage. Elle en a sa Sainte-Anne de voyage. Son étole de voyage. Elle en a son Assomption de voyage. Son grand voyage.
Elle voudrait partir. Partir loin loin. Mais elle essaye d’arrêter de brûler. ‘Est en cure.
Elle trouve ça dur. La révolution est fatiguée. Elle va pas bien. Bien mal fatiguée. Elle est usagée. Usée à la corde. Usée dans le sens de « utilisée ». La révolution fait peut-être une dépression. La révolution est peut-être rendue à bout d’âge. Vieille, vieille, vieille. La révolution tourne en rond. Dans sa maison. Elle tombe en ruine. Dans son salon.
Dans un silence mortuaire saturé de bruits. Bruits.
La révolution voudrait la paix. La sainte paix. Comme un Saint Graal. Qu’elle chercherait à dos de cheval. Vieux, vieux, vieux cheval. Dans un pays de Cocagne. Un pays chaud. Mais pas trop. La révolution regarde son char. Son char la regarde. Elle essaye de le prendre le moins possible. Le coût du gaz la tue. La révolution est pauvre. Mais il faut bien que quelqu’un nous sauve. Même si elle se sent toute seule, elle a besoin de silence. De silence.
Elle prend la route. La route la prend. La route se laisse embrasser par l’océan. Il y a des chemins sur l’eau. Des chemins qui servent à rien. Le genre de chemins qui mènent nulle part. Sauf en dedans de nous autres.
La révolution voyage. Elle voyage dans le temps. Elle perd une heure. Mais elle gagne son ciel. Le ciel de tout le monde. Collant comme du jus de fruits. Lumineux. Orange. Pamplemousse. Mirabelle, pêche. Framboise, amélanche, bleuet. Brûlant. Cendré. De bois. Dormant. Beau comme un gisant.
La révolution roule. Dans le ciel. Jusque dans un lit. Jusque dans un livre. Jusqu’à ce que ses yeux la ferment.
Philippe Garon. La révolution à la plage
No Hors-série. Été 2026



