Joëlle Préfontaine. Manifeste : J’parle mal pis j’aime ça

Dearest oblivious and/or condescending Canadians,
Cher peuple canadien inconscient et/ou condescendant,
It is with utmost importance,
C’est avec grande importance,
That I explain to you,
Que je vous explique,
That my efforts to “properly” communicate are completely exhausted.
Que mes efforts de communiquer « correctement » sont complètement épuisés.
Therefore I bring forth the news,
Et donc je vous apporte ces nouvelles,
That this manifesto truly represents my thoughts and frustrations.
Que ce manifeste représente la vérité de mes pensées et mes frustrations.
From this point forth,
D’ici à l’avance,
I seek to please those disenchanted by negative linguistic experiences,
Je cherche à plaire à ceux désabusés par des expériences linguistiques négatives,
And to please twisted tongues,
Et à plaire aux langues tordues,
Fatigued from years of conforming to the constraints of ‘pure’ form communication.
Fatiguée après de nombreuses années de conformités et contraintes de communication en forme « pure ».

It is with great pleasure,
C’est avec grand plaisir,
That I will speak to you in my first language,
Que je vais vous parler maintenant dans ma première langue,
What I call the “Farmer French” of Alberta.
Ce que j’appelle le « Farmer French » de l’Alberta.
I seek not to offend,
Je ne cherche pas à offenser,
Rather, only to let my heart speak.
Plutôt, laisser parler mon cœur.

J’parle mal, pis j’aime ça.

Pure langue, pure laine,
Pure shit
Va donc sacrer ton camp
J’en ai eu assez de c’bullshit sur les langues.
Identités limitées,
Pas eu de révolution icitte.
Y’t’ont pas même enseigné qu’on existe.
Le français dans l’Ouest c’pas perfect,
On connait pas tout’ les bons words,
Pis on switch when we want.
C’est comme ça qu’ça s’passe
Ma vérité comme francophone dans l’Ouest.

J’parle mal, pis j’aime ça.

Y’en a du monde qui viennent en Alberta,
Pis y’ont pas d’problème à faire leurs argents,
But they don’t give a shit about the province or the people.
Moi, j’ai grandi icitte.
C’est où ma famille fait leurs vies.
Pour cent-dix-sept ans.
D’un soddy dans ‘terre,
To livin’ in comfort.
J’suis rien qu’une ‘tite fille des prairies
Qui profite du travail dur de mes ancêtres.
Pis, j’ai pas même leurs accents
C’t’un hybrid.
Mais pas comme un char où ça run real quiet,
On the contraire,
Ça run real LOUD,
Pis j’va’s pas m’chercher un muffler
Anytime soon.

J’parle mal, pis j’aime ça.

Une révolution !
Un appel
Nation wide,
Qu’on s’débarrasse du
Stick up our ass,
Pis qu’on réalise qu’on pourrait apprendre à se connaître.
Qu’on pourrait apprendre à travailler ensemble,
Pour se féliciter qu’y’a encore certaines traditions qui existent
Malgré les efforts de nos oppresseurs,
Pis que des fois,
C’est nous, nos
Own worst enemies.

Tout l’monde qui veulent parler français,
Whether c’est rough ou slick,
Un accent propre,
Ou un accent appris,
C’est l’temps de se rassembler,
Et d’accepter
Qu’on pense tou‘es deux
Qu’on parle tout’ croche,
Qu’on pense tou‘es deux
Qu’on parle tout’ mélangé,
Pis à l’envers.
But that somewhere in our hearts,
Le français c’est une des langues qu’on trouve,
Pis qu’on la parle,
Comme on la parle.

Moi, j’parle mal, pis j’aime ça.

Joëlle Préfontaine

Image : David Champagne, We Speak, photomontage numérique, 2014.

Publié dans le No 26. Entre ciel et mer. Rencontre Est-Ouest
Numéro conjoint des revues Ancrages et À ciel ouvert