7. Marche

Jean Désy,

JEAN
Tu marches
Tu marches et tu respires
Les arbres de neige sont tes compagnons
Tu aimes l’inventeur des raquettes
Qui te permettent de flotter sur l’hiver
Seul
Comme l’Indien inventeur de raquettes
Seul
Comme tu peux l’être en ce moment
Alors que tes poumons sont tes ultimes confidents
Tu marches et tu marcheras
Au creux des montagnes qui tout autour de toi tournoient
Tu marches pour oublier cette solitude maudite
Qui te donnait le goût il y a quelques heures à peine
De retourner dans le monde des hauts-parleurs
Tu avances en comptant chacun de tes pas
Qui font éclater chaque fois
Cent mille millions de cristaux de glace
Ueshketsan le geai gris vient soudain se ficher devant toi
Tout au sommet d’une longue épinette
Tu vas bientôt t’effondrer
On retrouvera ton corps
Tout froid malgré ton parka
Alors que toi depuis belle lurette
Tu auras commencé avec le geai
La plus éternelle des jasettes

 

Jean Désy

textes publiés dans le No 20, Solitudes