13. Braconnage

MARIE-ANDRÉE
Jusque-là j’avais oublié ma détresse.
Le soleil se lève. Chu saoule pour rien. Chu un gaspillage.
Le bourdonnement du silence d’après-bar fait ses pirouettes et
tourne de toutes les couleurs derrière mes yeux fermés.

Jusque là j’avais oublié ma détresse.

Ce crisse de moment-là,
revenir toute seule chez nous.

J’aurais tellement aimé ça
que tu me braconnes,

Juste me replacer les os avec tes mitaines,
que tu me r’nipes le cœur correct tsé, comme on remet un cadre droit,
juste pour que mon flo se lève et qu’il aie quelqu’un à qui montrer ses estis de Legos pis que moé j’aie quelqu’un à qui montrer que je fais des belles toasts brun pâles, des beaux œufs brouillés ben smart, que chu une bonne mère, même scrappe, juste pour que je te montres que je sais sourire avec ça moé les nuits blanches.

J’aurais tellement aimé ça
que tu me braconnes,

pour que la structure tienne encore un peu,
entécas au moins jusqu’à la fin de semaine prochaine,
si je trouve une gardienne.

 

Marie-Andrée Gill

texte publié dans le No 20, Solitudes