Traduire la communauté

English / Mi’kmaq

Comme bien des projets transfrontaliers, le projet dont est issu ce numéro d’Ancrages repose sur la participation précieuse d’une formidable équipe de traducteurs. Depuis nos coulisses et leurs postes de travail respectifs, ces ouvriers de la langue se sont penchés avec soin sur la lettre et l’intention des auteurs afin que les paroles de ces derniers puissent circuler librement et atteindre un maximum de lecteurs et d’auditeurs.

Le projet Faire communauté marque la première fois qu’Ancrages s’aventure aussi sérieusement sur le terrain de la traduction. Or, notre port d’attache, le Nouveau-Brunswick, est un lieu où la traduction est parfois appelée à jouer un rôle important dans le dialogue entre les deux principales communautés linguistiques qui s’y trouvent. Trop souvent réduite à une fonction symbolique, effectuée parfois de manière trop fonctionnelle, voire expéditive, la traduction offre pourtant des avenues intéressantes pour la prise de parole et la création littéraire. Les textes en traduction qui composent ce numéro ont été faits avec rigueur et réflexion ; nous espérons que vous aurez beaucoup de plaisir à les lire.

Quand nous parlons de traduction, au Canada, il est souvent question d’une opération linguistique entre les deux langues officielles de ce pays, l’anglais et le français. Grâce à la participation précieuse de personnes-ressources et de traductrices des Premières Nations d’Eskasoni, en Nouvelle-Écosse, et d’Elsipogtog, au Nouveau-Brunswick, ce numéro vous propose la présence de traductions en langue mi’kmaque. Plus qu’une représentation géographique intéressante de la langue du Mi’kma’ki, car le territoire traditionnel des Mi’kmaqs traverse les limites frontalières du Nouveau-Brunswick, le travail des traductrices participant à ce numéro propose une illustration de deux codes linguistiques contemporains du Mi’kmaq : le système Pacifique, et le système Smith/Francis. Comme il n’existe pas de consensus aujourd’hui au sein des communautés mi’kmaques sur le système à privilégier – la question fait d’ailleurs l’objet de débats animés et pose à certains moments des entraves à l’enseignement et à l’utilisation uniformes de la langue –, nous avons cru bon offrir aux lecteurs et aux apprenants du Mi’kmaq des textes réalisés tantôt à l’aide du système Pacifique, tantôt au moyen du système Smith/ Francis.

Ce numéro, donc, vous est offert en trois langues. Nous espérons qu’il vous incitera à réfléchir à votre expérience de la communauté au Nouveau-Brunswick. Plus que tout, nous espérons qu’il vous incitera à emprunter les ponts que vous ont jetés les traducteurs de ce projet pour aller à la rencontre de vos voisins.

 

Sonya Malaborza
Coordonnatrice de Faire communauté