Phyllis Grant. Les vers de Millay

English / Mi’kmaq

– Traduit par Janice Bujold-Barton

Rémi Belliveau, A Seated Girl Wearing a Cloak (détail), 2017- aujourd’hui. Archives papier et impression numérique. Dimension variables. Photo : Mathieu Léger

Les Grands Penseurs d’aujourd’hui
Tu dis les avoir cherchés en vain
Ils se démènent avec le labeur quotidien
Le temps pour écrire leur échappe constamment
Mais tu peux en être certain
Qu’ils sont bien vivants
Comme les vers de Millay
Dans une prison domestique

Le philosophe lui n’observe
Que d’un seul coin de la fenêtre
Elle, des cendres elle se relève
Fait fi des sous-entendus
Avec chaque pièce de vaisselle
Lavée et essuyée
C’est une tempête qu’elle rumine
En attendant que sa volonté soit faite
Une vie possible à partager
Son histoire à raconter
Récit aux frontières de toutes les lois
Qu’un peu d’espoir vient réchauffer

Dans un scénario convenu par ceux
Qui ont appris à accepter
Elle remet en question toutes les idées
Vient fracasser toutes les sectes
Son choix compte bien une raison
La soumission n’est pas de nature
Imitant une guerrière
d’un film de zombie
« Tu sais qu’ils sont parmi nous, les morts-vivants ! »
lui révèle-t-elle dans la nuit
« Ils sont simplement moins sanguinolents
Ils avancent en plein jour
Si tu oses les regarder
Prendre le temps de t’y arrêter
Tes yeux reflèteront l’image d’un esprit
grugé par l’apathie. »

C’est ce même constat
Qui me pousse à chercher une longueur d’avance
Pour montrer à tous ce qui peut arriver
Ce qu’en soi on peut puiser
En exerçant sa patience
Jusqu’à ce qu’elle brille, telle un phare
Parce que s’en remettre au destin
C’est jouer sa vie au hasard

Dans le cycle perpétuel
Mort et vie se succèdent
Nous vivons la douleur de notre savoir
La joie de notre allégresse
Prends soin de tes cellules
Que ton âme se nourrisse
Et vois l’ensemble de la création
Comme si tu en étais l’auteur
Dans ce nouveau mode de vie
Coude à coude, nous marcherons
Comme Kanye déjanté qui crie
L’amour qu’il voue à son sauveur

Les Grands Penseurs d’aujourd’hui
Tu dis les chercher en vain ?
Tu te démènes contre le labeur quotidien
Le temps pour écrire leur échappe constamment
Mais tu peux en être certain
Tu es toujours bien en vie
Comme les vers de Millay
Dans une prison domestique

 

Phyllis Grant
Texte publié dans le No 17. Faire communauté

Phyllis Grant. Photo : Annie France Noël