Échos. Jour 3

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Caroline Bélisle

CHUT

J’ai l’esprit trop sombre
j’ai l’esprit trop sobre

j’attends une mer à boire
et le goût du whisky

je ne suis pas martyre
je suis déchaînée
je ne suis pas une chienne
je jappe
d’être libérée
des bras de mon père
du silence réducteur
qui espère
dans mon bas-ventre
perforé
du temps qui revient
toujours
me voir
pour me noyer

Moncton, NB

 

Ouanessa Younsi

Espérant la mer.
Cabane des martyrs, cercueil des migrants :
océan calme, un mensonge.

Temps sombre pour le remords
réduit comme la conscience
dans l’alcool.

Attends le radeau du père :
l’exil.
Vois si les os tiennent.

Si la vague revient
trente morts dans les mains
coupées de l’esprit.

Poème écrit à Port-au-Prince, Haïti

 

Sonia Cotten

Il jappe le chien
Que j’ai dressé            dans ma poitrine
La trappe s’ouvre       un cœur au silence concave
Chasse chien blanche torpeur
Charrie tes saouls
De cabane en cabane
De silence en horizon
De tares en hardes
Il brasse baie et gruge gris
Longtemps après l’horizon
Bannissant l’écriture
Restera une raideur sèche
Comme le bois des chassis

Rouyn-Noranda, Qc

 

Jean-François Caron

couleurs

chiens de guerre chassés
brassés dans la marée rougie vive
d’une baie

cent et cent autres corps sous les bleus
de Prusse
d’horizon saoul

puis leurs restes papier blanc
bois gris châssis sec
cendre de poêle
suie de tuyau

silencieux souvenir charrié
dans toutes les chambres
noires du temps

Sainte-Béatrix, Qc

 
 
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